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Prise de parole en public ou media training du dirigeant : qu'est-ce qui fonctionne ?

Dernière mise à jour : 10 nov.

Accompagner un dirigeant dans son media training


Accompagner un dirigeant dans son expression publique, cela porte un nom : le fameux "media training". Coachs, avocats, metteurs en scène ne jurent que par lui ! Et pourtant : rares sont ceux qui s'interrogent sur la réelle nature du langage, qu'il soit verbal ou non verbal. Pour ceux et celles qui me connaissent déjà, vous savez que mon style peut-être parfois détonant, façonné par les contre-pieds. Mon objectif premier : déconstruire les mythes qui ne reposent sur aucune factualité. Je me permet donc de partager avec vous un extrait de mon futur ouvrage (sortie prévue en mars 2023).


Media training bullshit


Comment se tenir et parler en public ? Si c’était simple…

Une des questions qui revient le plus souvent : « Oui mais les Hommes politiques, ils sont entraînés… donc comment on peut analyser leurs gestes ? » Plusieurs réponses s’imposent. D’abord, pour avoir côtoyé plusieurs ministres et députés, je peux vous assurer qu’ils ne passent pas leur vie à être en cours de media-training. Heureusement que l’argent public sert à autre chose qu’à leur apprendre la manière dont il faudrait se tenir et mettre ses mains… La plupart du temps, homme comme femme, sont des animaux politiques, naturellement doués et charismatiques. Secundo, et c’est peut-être le plus important : en linguistique, on dit que le geste est « idéatoire ». Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est fondamental à comprendre. Nos gestes sont liés à notre activité cognitive, ils en sont le reflet. Si vous bougez les mains en parlant, ce n’est pas tant lié au fait que vous soyez italien dans l’âme ! C’est plutôt parce qu’en faisant le mouvement de vos mains, vous permettez à vos idées de naître. Cela nous permet de balayer de manière tonitruante plusieurs idées reçues. Non, les gestes ne sont pas « rhétoriques ». Non les gestes ne sont pas « ornementaux ». Non les gestes ne sont pas là que pour faire joli et remplir du vide. Quelle vision réductrice de notre vocabulaire corporel… Alors il faudrait surtout ne pas croiser ses bras, il faudrait ne pas trop bouger les mains… mais quelle stupidité ! En cadenassant le corps, vous cadenassez la pensée. C’est justement là qu’arrivent les trous blancs et autres impairs…

(...)


Gare aux automates

Donc vous l’aurez compris, l’idée - assez naïve - d’imaginer que l’on peut contrôler son corps… me fait doucement sourire. Nous verrons d’autres exemples par la suite. Mais prenez un Président de la République qui s’exprime devant ses compatriotes. Oui, le corps va rester figé durant les premières minutes (hyper contrôle). C’est la raison pour laquelle celles-ci sont rarement celles-ci qui sont intéressantes à observer. Mais vous connaissez l’adage, chassez le naturel, il revient au galop. C’est généralement le cas au bout de quelques minutes. Excepté si… il y a le prompteur ! Cet outil formidable à former des automates-vides. Utilisé comme une arme magique contre les trous de mémoire. C’est CATASTROPHIQUE. Valérie Pécresse en a fait les frais lors de la campagne présidentielle. Pourtant une semaine c-o-m-p-l-e-t-e de media-training. Très beau résultat. Formidable. Surtout horrible à regarder. Un corps zombie. Vrai pour elle, et tous les autres (patrons du CAC, dirigeants, animateurs…) qui se rassurent comme ils le peuvent. Vous ne vous êtes jamais posé la question de savoir pourquoi certains discours politiques étaient plus efficaces que d’autres ? C’est leur capacité à transmettre des émotions, à porter une parole incarnée. J’aime beaucoup ce dernier mot. Dans « incarner » il y a le mot « carne ». C’est la viande, la chaire, notre corps. Un discours, aussi hyper media-trainé soit-il, lu les yeux vides, sans aucune expression, dans un corps inerte, ne va exciter personne. Il favorise l’oubli pour ceux qui l’écoutent, le sarcasme pour les autres. Niveau contrôle, on est au top. Pour l’authenticité par contre, on repassera. En conclusion : les cours de media-training, avec des injonctions du type « il faut faire ça », « vous devez faire ci », c’est vraiment de la merde. C’est ne pas comprendre le fonctionnement physiologique du corps humain. Et être à la ramasse sur les dernières avancées en neurosciences.

Quelles sont les techniques pour améliorer sa prise de parole en public ?


Soyez authentique (bordel !)


Vous connaissez l'adage : chassez le naturel, il revient au galop. Alors pourquoi apprendre par coeur, comme un bon élève bien éduqué, un discours automate, vide et désincarné ? En d'autres termes, comment éviter d'être soi-même un producteur de langue de bois ? Voici la question fondamentale, sous-jacente à toute prise de parole.


Le dernier ouvrage de Gilles Lipovetsky, sociologue de la post-modernité, nous rappelle l'exigence de notre époque et ses attentes : l'authenticité. Autrement dit, un discours bien ficelé, s'il est appris par coeur (avec les gestes théâtraux qui vont bien) remportera moins de succès qu'un discours plus imparfait mais sincèrement exprimé.


Renouer avec la puissance d'affirmation. du je


Il me semble assez fondamental que le "speaker" s'appuie sur la puissance du "qui je suis ?". Un locuteur est bien plus performant lorsqu'il amplifie sa zone de confort cognitive, plutôt que de "singer" ou d'apprendre par coeur un discours qui ne lui correspond pas. Ou bien lorsqu'il garde en tête de "corriger" en permanence sa gestuelle. C'est la "raisonance" / "résonance" avec des valeurs et des propos incarnés qui est convaincante, persuasive et mémorable.


Saviez-vous que dans le mot "incarné", très à la mode en ce moment, il y a la racine de "carne" c'est-à-dire la viande. Un discours ne peut pas se résumer à la somme de données purement abstraites. Si nous avons un corps, c'est aussi pour faire passer des messages (et non lire des prompteurs).


Comment faire l’analyse comportementale d’une personne ?


Mon approche est donc différente lorsque j'accompagne les dirigeants d'entreprise dans leur prise de parole en public. J'établis d'abord un diagnostic, sous la forme d'un "portrait sémiologique", basée sur une sémiologie comportementale. Celui-ci est basé sur l'observation minutieuse de plusieurs heures de vidéos. Le corpus (= matériau analysé) est toujours représentatif et homogène (plusieurs modalités dans les prises de paroles en public). Le rendu de l'analyse est constitué de 3 "blocs" ou parties complémentaires : mots, gestes et flow / charisme.


1- Le niveau verbal ou l'ANALYSE SÉMANTIQUE (mots)

  1. Analyse syntaxique : je compte les pronoms du discours à partir de phrases retranscrites ;

  2. Analyse stylistique : émergence du style cognitif et comportemental du locuteur à partir de ses mots ;

  3. Analyse rhétorique : figures de style caractéristiques du locuteur


Premier niveau de l'analyse comportementale : les mots

2- Le niveau comportemental ou l'analyse du BODY LANGUAGE (ou analyse des types de gestes)

  1. Roue gestuelle : compte-rendu des gestes les plus caractéristiques du speaker. Avantages et inconvénients de ce positionnement gestuel ;

  2. Roue des émotions : analyse du positionnement émotionnel du locuteur, en congruence ou non avec la nature du message, son rôle dans la société, etc.

  3. Le rapport à l'authenticité : les niveaux verbaux et non verbaux sont-ils congruents ? (baromètre de sincérité)


Deuxième niveau de l'analyse comportementale : les gestes

3- Conclusions : FLOW et CHARISME

  1. Gestion du "flow" : émergence des modalités de prise de parole impactante versus un stress plus présent. Le mot "flow", terme de la psychologie, renvoyant à l'état mental le plus efficient ;

  2. Le charisme : définitions + incarnations par le locuteur


Troisième niveau de l'analyse comportementale : le flow et le charisme

Cette approche, fondée sur des éléments factuels, sert de socle à des recommandations ultérieures, souvent co-construites avec une agence de PR.


De manière générale, je proscris tout discours normatifs du type "il faut", "vous devez" faire X ou Y. Cette approche n'est pas productive car ne prenant pas en compte la personnalité et le style cognitif du speaker. Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez me contacter directement, notamment via mon profil Linkedin. A bientôt

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