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Comment les gens votent aux élections pour un candidat ? Retour sur les mécanismes inconscients : émotions, réseaux sociaux, médias et programme politique

Dernière mise à jour : 22 juin

Puisque nous sommes en plein dedans, suite à l'annonce de la Dissolution par Emmanuel Macron, une "grenade balancée entre les jambes" comme il le dit lui-même, voici un récapitulatif de ce que l'on sait sur les comportements de vote et mécanismes cognitifs.



Source : L'Est Eclair

Phrase exacte de Macron selon Le Monde rapporté par L'Est Eclair : Durant les commémorations, il s’entretient avec un grand patron, proche de l’Élysée. Celui-ci lui aurait demandé : « Ça va, pas trop dures, ces journées ? », selon le journal Le Monde.


« Mais pas du tout ! Je prépare ça depuis des semaines, et je suis ravi. Je leur ai balancé ma grenade dégoupillée dans les jambes. Maintenant on va voir comment ils s’en sortent… »

A- Notre cerveau émotionnel


Dans son ouvrage "The Political Brain: The Role of Emotion in Deciding the Fate of the Nation" (2007),Drew Westen, psychologue et neuroscientifique, nous explique les mécanismes cognitifs et émotionnels impliqués dans les processus de décision politique. Son ouvrage est une référence majeure en la matière. Voici un résumé exhaustif de sa pensée sur les fonctionnements du cerveau lorsqu'il faut choisir un candidat et voter.


1- La primauté des émotions


Westen affirme que les émotions jouent un rôle prépondérant dans la prise de décision politique. Contrairement à l'idée traditionnelle selon laquelle les électeurs agissent de manière rationnelle et logique, il démontre que les choix politiques sont largement influencés par les réponses émotionnelles. Les électeurs sont souvent guidés par des sentiments de peur, d'espoir, de colère et d'enthousiasme plutôt que par une analyse froide des politiques proposées.


2- L'identité personnelle activée


Selon Westen, les processus émotionnels activent des circuits neuronaux spécifiques dans le cerveau. Lorsqu'un individu est exposé à des messages politiques, les zones du cerveau associées aux émotions et à l'identité personnelle (zone limbique), s'activent plus fortement que les zones associées au raisonnement analytique. Les électeurs sont enclins à soutenir les candidats et les politiques qui semblent alignés avec leur propre identité et leur groupe social.


3- L'importance des récits


Westen soutient que les récits (ou "narratifs") sont essentiels pour capturer l'attention des électeurs et façonner leurs perceptions. Un récit puissant et émotionnellement engageant peut transformer la manière dont les électeurs perçoivent un candidat ou une politique. Il met l'accent sur l'importance pour les politiciens de raconter des histoires qui résonnent émotionnellement avec l'électorat.


4- Le biais de confirmation


Un aspect crucial de la pensée de Westen est le concept de biais de confirmation. Les électeurs tendent à rechercher et à interpréter les informations de manière à confirmer leurs croyances préexistantes. Lorsque des informations contradictoires apparaissent, le cerveau active des mécanismes de défense pour les minimiser ou les ignorer, protégeant ainsi l'intégrité des croyances déjà établies.



B - Nos comportements électoraux


Vincent Pons est professeur à la Harvard Business School. Ses travaux se concentrent sur les comportements électoraux et la participation politique. Ils complètent les apports de Drew Westen sur la compréhension des mécanismes de vote.


1- Impact de l'information


Contrairement à Westen qui met l'accent sur les émotions, Pons explore également le rôle de l'information dans la prise de décision électorale. Il a découvert que fournir des informations spécifiques et pertinentes sur les candidats et leurs programmes peut influencer de manière significative le choix des électeurs. Cependant, l'efficacité de cette information dépend souvent de la manière dont elle est délivrée et de son alignement avec les croyances préexistantes des électeurs.


2- La logistique électorale


Pons a étudié les déterminants de la participation électorale et les moyens de l'augmenter. Ses recherches montrent que des interventions simples, comme rappeler aux gens l'importance de voter ou leur fournir des informations logistiques sur les bureaux de vote, peuvent augmenter significativement la participation. Il semblerait que l'entourage familial joue un rôle


3- Se sentir "reconnu" et "écouté"


Dans son livre "The Message Matters", Lynn Vavreck explore comment les candidats adaptent leurs messages en fonction des conditions économiques. Elle montre que les campagnes efficaces sont celles qui alignent leurs messages sur les préoccupations économiques des électeurs, en exploitant les contextes favorables ou en minimisant les impacts des contextes défavorables.


C - Les influences (pas) multiples


1- Le rôle des élites et des médias

John Zaller, dans "The Nature and origins of mass opinion" (1992), met l'accent sur le rôle des élites politiques et des médias dans la formation des opinions publiques, en soulignant que les électeurs ne reçoivent pas les messages de manière passive mais filtrent l'information en fonction de leurs croyances préexistantes.


Par ailleurs, Vincent Pons précise :


D’autres chercheurs ont également évalué l’effet des publicités télévisées, en particulier aux USA, et celui-ci s’avère assez faible. Cela ne signifie pas que les médias traditionnels n’aient aucun effet: on sait par exemple que Fox News a beaucoup fait progresser le camp républicain. Mais la télé ne semble pas être le meilleur vecteur pour un candidat qui cherche à persuader les électeurs. (Source : Revue Politique)

Lors des dernières élections américaines, entre Clinton et Trump, 72 % des votants avaient déjà une opinion claire et une intention de vote établie, plus de deux mois avant l’élection (Source : Le Figaro)


2- L'influence des réseaux sociaux numériques


Fowler et Christakis (2008) montrent que les comportements électoraux peuvent se propager à travers les réseaux sociaux. Leur recherche indique que la participation électorale peut être influencée par les amis et la famille, créant des effets de contagion qui amplifient l'engagement politique.


Par ailleurs, dans le documentaire réalisé par Jeff Orlowski, "The Social Dilemma", on découvre à travers le témoignage de certains salariés de Google, Facebook, Twitter, et Pinterest, la manière dont ces plateformes sont conçues pour capturer et maintenir l'attention des utilisateurs. Le film met en lumière comment les fausses informations, souvent plus engageantes que les vérités nuancées, se propagent rapidement sur les réseaux sociaux. C'est également dans ce documentaire que l'on découvre le scandale Cambridge Analytica. Cette entreprise s'est appuyée sur les habitudes et comportements des américains sur Facebook pour propager certaines informations. Par exemple, en "balançant" une information contraire au croyance au moment où l'utilisateur se connecte. Plus précisément, le fait d'envoyer ce type d'énoncé "Sais-tu que Clinton souhaite te retirer ton port d'arme ?' à une personne favaorable au port d'armes, et au moment où elle se connecte.

3 - Le rôle des programmes politiques


Dans "The Nature of Belief Systems in Mass Publics" (1964), Philip Converse montre que la plupart des électeurs manquent de cohérence idéologique et de connaissance approfondie des programmes politiques. Ils votent souvent en fonction de repères simples ou de facteurs non politiques tels que l'appartenance partisane ou les traits de personnalité des candidats.


Une donnée validée par Samuel Popkin qui, dans "The Reasoning Voter", soutient que les électeurs utilisent des schèmes heuristiques ou des raccourcis cognitifs pour prendre des décisions de vote. Ils se basent sur des indices simples, comme la réputation des partis et les traits personnels des candidats, plutôt que sur une compréhension détaillée des programmes politiques.


J'espère que cet article vous a donné une meilleure compréhension des enjeux et mécanismes non conscients lors du vote.

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