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Langage corporel et sémiologie comportementale : 5 outils pour décoder les autres

Photo du rédacteur: Elodie Mielczareck
Elodie Mielczareck
il y a 5 heures
8 min de lecture

Quelques secondes suffisent pour que nous nous fassions une idée de quelqu'un. Et pour qu'il se fasse une idée de nous.


Les chercheurs l'ont mesuré : un dixième de seconde d'exposition à un visage suffit pour juger si une personne paraît digne de confiance ou compétente (Willis et Todorov, 2006). Trente secondes d'un extrait vidéo muet permettent de prédire l'évaluation qu'un enseignant recevra de ses étudiants en fin de semestre (Ambady et Rosenthal, 1993). On retrouve ici l'effet Rosenthal, un biais surpuissant qui nous fait souvent passer à côté d'autres indices...


Ces jugements éclair ne sont ni magiques ni infaillibles. Ils reposent sur des signes : une posture, un regard, une intonation, une manière d'occuper l'espace ou de s'en retirer. La sémiologie comportementale étudie précisément ces signes, et la façon dont ils produisent du sens dans nos interactions.


Dans cet article, je vous présente les cinq outils de ma méthode, Human Decoder : ce qu'il faut regarder, comment l'interpréter, et ce que cela révèle de la relation.


Une discipline reine : la sémiologie


La sémiologie est, selon le projet de Ferdinand de Saussure, la science qui étudie « la vie des signes au sein de la vie sociale ». Roland Barthes l’a étendue aux images, aux objets, aux mythes du quotidien. La sémiologie comportementale, elle, l’applique à nos interactions : elle étudie les signes que nous produisons face aux autres, volontairement ou non.


C'est un néologisme que j'ai crée pour évoquer la manière dont l'approche sémiologique (générative, indicielle et mythologique) s'applique à l'univers si passionannt - et complexe - de l'humain et des signes qu'il produit.


Langage corporel, voix, mots : les six canaux de notre communication


Mais ces signes ne passent pas par un seul canal. Pour les observer avec méthode, j’ai conçu le Diamant de la Communication, qui en distingue six.

Le Diamant de la Communication par Elodie Mielczareck : les 6 canaux de la communication verbale et non verbale (outil n°1)
Le Diamant de la Communication par Elodie Mielczareck : les 6 canaux de la communication verbale et non verbale (outil n°1)

Deux canaux verbaux

  • Le linguistique : les mots, la syntaxe, les choix de discours. Dire « nous » plutôt que « je » n’est pas anodin.

  • Le paralinguistique : la voix, l’intonation, le débit, les hésitations. Tout ce qui accompagne les mots sans être des mots (Trager, 1958).


Quatre canaux non verbaux

  • Le kinésique : les gestes, l’orientation du corps, les expressions faciales. C’est le cœur du langage corporel (Birdwhistell, 1970).

  • Le proxémique : la manière dont le corps occupe l’espace, et la distance qu’il garde avec les autres (Hall, 1966).

  • Le physiologique : la dilatation des pupilles, le rougissement, la respiration. Ces signes échappent presque entièrement au contrôle.

  • Le symbolique : les vêtements, les ornements, les tatouages, les objets. Ce que nous choisissons de montrer de nous.


Notons que le niveau physiologique relève de l’indice plutôt que du signe intentionnel (au sens de Peirce). Une pupille qui se dilate ne « communique » pas, elle informe l’observateur. Ekman et Friesen (1969) distinguaient déjà les comportements informatifs des comportements communicatifs.


C'est d'ailleurs cette sémiologie indicielle qui est la plus intéressante. Je fais référence à l'approche développée par Anne-Marie Houdebine, mon professeur de Linguistique à l'Université.


Ce niveau physiologique se rapproche également de la sémiologie médicale, dont parlait déjà Aristote il y a plusieurs siècles.


Observer les six canaux, c'est déjà voir beaucoup plus que la plupart des gens. Encore faut-il savoir interpréter ce que l'on voit.


La Roue des Émotions : ce que les signes disent de l'instant


Un des aspects les plus intéressants (même s'ils le sont tous) se situe au niveau (kinésique) des expressions faciales. Il existe de nombreuses typologies : allant des émotions universelles de Paul Ekman (la joie, la surprise, la peur, la tristesse, le dégoût et la colère) , aux 27 critères plus complet d'une équipe de chercheurs.


A mi-chemin de ces démarches. Voici la représentation que j'utilise de manière empirique et qui permet de naviguer facilement et visuellement entre les différentes émotions.

Elle est largement inspirée des travaux d'Ekman et de Rachael Jack. Selon elle, la surprise et la peur partagent leurs premiers signaux, les yeux qui s'ouvrent grand. Le dégoût et la colère aussi, le nez qui se plisse... Il n'y a plus 6 mais 4 émotions primaires.


La Roue des Emotions d'Elodie Mielczareck : émotions et états observables (outil n°2)
La Roue des Emotions d'Elodie Mielczareck : émotions et états observables (outil n°2)

Ma Roue des Émotions s'appuie sur ces quatre groupes, qu'elle décline en nuances. J'y ajoute volontairement une catégorie souvent oubliée : l'absence d'émotion. La neutralité, l'ennui, le « mode récitation » sont aussi des informations. Et parce qu'elle sert à l'observation, la roue réunit des émotions et des états observables, comme l'évitement ou le sarcasme.


Savoir nommer finement ce que l'on perçoit change tout. Entre « il est contrarié », « il est vexé » et « il est en colère », la réponse à apporter n'est pas la même.



La Règle des 5C : interpréter un signe sans tomber dans les fantasmes


Un bras croisé signifie-t-il la fermeture ? Pas forcément : il peut traduire le froid, le confort, ou simplement l'absence d'accoudoir ! C'est là que naissent la plupart des contresens sur le langage corporel.


Pour les éviter, j'utilise la Règle des 5C.

La Règle des 5C d'Elodie Mielczareck pour éviter biais et projections : le Contexte, le Cluster, la Cognition incarnée, le Contrôle, la Congruence. (outil n°3)
La Règle des 5C d'Elodie Mielczareck pour éviter biais et projections : le Contexte, le Cluster, la Cognition incarnée, le Contrôle, la Congruence. (outil n°3)

Les trois premiers critères sont classiques dans la littérature sur le langage corporel, popularisés notamment par Allan et Barbara Pease. J'y ajoute la cognition et le contrôle. Chacun des cinq s'appuie sur la recherche.


  • Contexte : Ray Birdwhistell, pionnier de la kinésique, l'a établi : hors de son contexte, aucun geste n'a de signification stable. Le même geste ne dit pas la même chose dans une négociation, un dîner ou une salle d'attente. Un dictionnaire des gestes est impossible.

  • Cluster : un seul geste ne constitue jamais une preuve. Comme le souligne Paul Ekman, les émotions authentiques s'expriment en familles de signaux, coordonnés dans le temps et répartis sur plusieurs canaux. On lit en multicanal.

  • Congruence : les canaux disent-ils la même chose ? Un « je suis ravi » prononcé d'une voix plate, le corps tourné vers la sortie, ne dit pas la même chose que les mots seuls. Notre cerveau repère vite ces décalages : lorsqu'un geste contredit la parole, il réagit en quelques centaines de millisecondes (Kelly et al., 2004). Nous percevons la contradiction souvent avant de savoir dire pourquoi.

  • Cognition incarnée : pour George Lakoff et Mark Johnson, la pensée est incarnée, structurée par le corps et ses capacités de perception et de mouvement. C'est aussi pourquoi l'effort mental se voit : quand on se souvient, réfléchit ou construit un récit, les gestes ralentissent et le regard se détourne (Vrij). Ces signes indiquent un effort, pas un mensonge. Le corps pense avec nous.

  • Contrôle : tous les canaux ne se maîtrisent pas également. Le visage est le plus surveillé, les jambes et les pieds beaucoup moins, le physiologique presque pas (Ekman et Friesen, 1969). Et l'excès de contrôle se voit aussi : Ekman observe que les menteurs cherchent souvent à maîtriser leur comportement, au point de devenir rigides et peu naturels. La fixité signale un effort de contrôle : une piste à explorer, pas une preuve.


Avec les 5C, un signe devient une hypothèse à vérifier, jamais un verdict.


Les Sémiotypes : quatre façons de se positionner face aux autres


Au-delà de l'instant, chacun de nous répond à une question plus profonde, et souvent silencieuse : quelle place est-ce que je prends face à l'autre ? quelle place veut prendre l'autre face à moi ?


La méthode Semiotype©️ développée par Elodie Mielczareck pour répondre aux deux questions fondamentales de notre existence : quelle place j'occupe ? quelles sont les intentions de l'autre ? (outil n°4)
La méthode Semiotype©️ développée par Elodie Mielczareck pour répondre aux deux questions fondamentales de notre existence : quelle place j'occupe ? quelles sont les intentions de l'autre ? (outil n°4)

Pour lire ces positions, j'ai conçu la méthode des Sémiotypes. Elle s'appuie sur un modèle bien établi en psychologie, et reprend l'intuition d'Antonio Damasio : bien avant le langage, même les bactéries coopèrent, se régulent ou se tiennent à distance les unes des autres.


En effet, certaines bactéries colonisent un territoire et s’y étendent (expansion). D’autres se coordonnent : elles forment des biofilms et communiquent entre elles par signaux chimiques (coordination). D’autres encore repoussent leurs rivales en produisant des toxines (distanciation). Et face à une menace, certaines se mettent en dormance, sous forme de spores, en attendant des conditions plus favorables (repli).


Se positionner face à l’autre n’est donc pas une stratégie sociale, c’est une fonction vitale. Pour décrire ces positions chez l’humain, voici les 4 stratégies comportementales observables :


Le lion : l'affirmation. Il occupe l'espace, prend la parole, oriente le groupe. Sa force : donner une direction claire, qui rassure. Son risque : décider à la place des autres.

L'éléphant : la chaleur. Il cherche le lien, l'accord, la confiance. Sa force : créer un climat où chacun se sent accueilli. Son risque : s'occuper des autres au point de s'oublier.

Le requin : la distance. Il garde ses réserves, teste, se méfie. Sa force : la franchise, la capacité à poser une limite et à dire ce que d'autres taisent. Son risque : la froideur, voire l'hostilité.

La souris : la discrétion. Elle observe, écoute, laisse la place. Sa force : une attention fine à ce qui se joue. Son risque : s'effacer jusqu'à devenir invisible.


Chaque animal Semiotype fait face à son opposé sur le cercle : le lion à la souris, le requin à l'éléphant. Aucun n'est meilleur que les autres. Chacun a sa lumière et son ombre, et la plupart d'entre nous passons de l'un à l'autre : on peut être lion en réunion et souris en famille.


Connaître les Sémiotypes permet trois choses :

  1. Repérer ses propres angles morts. Un lion ne perçoit pas la réalité comme une souris. La recherche le confirme : le sentiment de pouvoir oriente l’attention vers les opportunités et rend moins attentif au point de vue des autres (Keltner et al., 2003). Dans une prise de décision, savoir d’où l’on regarde change tout.

  2. Situer l’autre en quelques secondes. Et ajuster sa réponse : face à un lion, répondre en lion conduit le plus souvent à l’escalade.

  3. Savoir comment on est perçu. Et vérifier si cette image est alignée avec ses valeurs, et avec ce que l’on souhaite incarner.


Le parcours Human Decoder : décoder, encoder, engrammer


Ces outils ne s'apprennent pas en lisant. Ils se pratiquent, sur les autres et sur soi.


C'est l'objet du parcours Human Decoder, qui se déroule en trois étapes.


Le parcours Human Decoder d'Elodie Mielczareck : Décoder, Encoder, Engrammer (outil n°5)
Le parcours Human Decoder d'Elodie Mielczareck : Décoder, Encoder, Engrammer (outil n°5)
  1. Décoder : lire les signes que les autres nous envoient. C'est l'étape de la perception, celle que la plupart des gens attendent en premier.

  2. Encoder : prendre conscience des signes que nous envoyons aux autres, volontairement ou non. C'est l'étape de la métaperception : comment suis-je perçu ?

  3. Engrammer : ressentir comment ces signes, reçus et envoyés, façonnent durablement nos comportements, et ancrer de nouvelles manières d'être. C'est l'étape de la proprioception, qui passe par le corps.


Le mot « engrammer » vient des neurosciences : un engramme désigne la trace d'un souvenir (Semon, 1904). Je l'emploie au sens figuré, pour dire qu'un changement ne s'installe qu'en étant vécu et répété, pas seulement compris.


Aller plus loin : les protocoles de certification Human Decoder


Les outils présentés ici forment une carte. Lire sur le terrain, en temps réel, face à une vraie personne, demande de l'entraînement. Ceux qui vont plus loin avec moi obtiennent la certification Human Decoder, en validant quatre protocoles.


  • Face Scan : lire le visage. Valider sa lecture des émotions et des expressions faciales, y compris lorsqu'elles sont brèves ou mêlées.

  • Test Sémiotype : lire la relation. Identifier sa propre position face aux autres, et reconnaître celle de ses interlocuteurs.

  • Neuro Scan, niveau intermédiaire : lire le stress. Observer comment le stress s'inscrit dans le corps et modifie les comportements, chez soi comme chez l'autre.

  • Body Scan, niveau avancé : lire l'incohérence. Aucun geste ne trahit à coup sûr un mensonge : sans méthode, nous ne le détectons guère mieux que le hasard, à environ 54 % (Bond et DePaulo, 2006). Le Body Scan entraîne à repérer ce qui est réellement observable : les contradictions entre les canaux, les signes de dissimulation, les mécanismes de manipulation. Il apprend où regarder, et quelles questions poser.


Et le charisme, dans tout cela ?

Une dernière question revient souvent : le lion est-il charismatique ? Pas nécessairement. On confond volontiers le charisme avec l'aura de celui qui s'impose. Or le prestige, c'est le regard qu'on attire. Le charisme, c'est ce qu'on donne. Cette différence est au cœur de ma Masterclass.


Vous souhaitez vous former ?

Vous avez souvent une intuition sur les autres, sans parvenir à mettre des mots dessus ? Vous voulez une grille de lecture fiable pour prendre les bonnes décisions ? Le parcours Human Decoder est fait pour cela.


Réservez votre appel pour en parler ensemble


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